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actualités janvier 2000

Aérolites en Italie

La pluie de glace ne semble plus se limiter en
Espagne. Depuis quelques jours, c’est en Italie que les rapports sur des grêlons de plusieurs kilos commencent à abonder. Actuellement, on parle d’une cinquantaine de corps mystérieux tombés du ciel. Pourtant, au contraire de l’Espagne où - jusqu’à maintenant - les “pyramides” de glace ne causèrent pas de dégâts trop importants, des villes telles que Rome ou Vénice comptent déjà plusieurs victimes sérieusement blessées et un bon nombre de voitures endommagées.
En forme et structure, les aérolites italiens correspondent tout à fait à leurs “cousins” de l’Espagne. Et comme en Espagne, les “farceurs” n’hésitèrent pas non plus de rendre difficile la tâche des chercheurs. Entre-temps, les autorités allèrent jusqu’à décider que seuls les objets dont la chute fut observée par plusieurs témoins indépendants les uns des autres seront encore enregistrés et transmis aux laboratoires.
Mais non seulement les corps qui pleuvent sur les deux pays sont identiques. Les idées - ou, plutôt, la perplexité - des experts se ressemblent également. La théorie des déchets en provenance d'avions attire maintenant l’attention de plusieurs scientifiques italiens qui partent du principe que la glace n’aurait pas pu se former à l’intérieur de l’atmosphère et que, surtout, chaque “pyramide” paraît avoir gelée sous l’influence d’une température différente. Il s’y ajoute encore un facteur plus qu’étrange : selon les premières analyses, l’eau dont consistent les fameux blocs de glace serait loin d’être pure. Des éléments de pollutions tels que de minces cailloux ou de petits fragments de goudron se seraient mélangés à l’eau - évidemment avant le début du processus de congélation - et parfois, on parle même de débris végétaux. Pour le moment, de toute la manière, le procureur de la République s’intéresse fortement aux itinéraires des lignes aériennes...
Une grande partie des chercheurs italiens tendent à se joindre à Franco Prodi de l’université de Ferrara - actuellement le plus grand expert du pays en tout ce qui concerne la structure et la formation de grêlons - pour lequel toute origine naturelle est exclue. La réaction du public fut rapide : faute d’autre explication, les partisans des OVNIs commencent déjà à se faire entendre et de plus en plus d’amateurs scrutent l’horizon à la recherche des premiers signes d’une visite extraterrestre. -
Toutefois, une autre sorte d’origine extraterrestre n’est pas oubliée non plus. Il y a quelques jours, l’astrophysicienne Margherita Hack évoqua la question de la relation entre la “pluie glaciale” espagnole et italienne et l’explosion du météore en Alaska. Mais en même temps, elle expliqua que le passage d’un corps extraterrestre à travers l’atmosphère de notre planète se terminerait plutôt de la manière observée dans la montagne de Yukon que par la chute de blocs de glace.
Il y a sans doute encore d’autres aspects qui risquent de jouer un rôle essentiel et de faire augmenter le nombre de théories. En novembre dernier, une sonde de l’ESA put constater que la couche de l’ozone au-dessus de la Scandinavie était devenue plus faible qu’auparavant. Un tel changement est généralement suivi par le refroidissement de la stratosphère - de la région, alors, à laquelle certains chercheurs espagnols attribuent la formation des grêlons énigmatiques. L’étrange accalmie du vent solaire en mai dernier et, par la suite, l’accroissement temporaire de la magnétosphère terrestre sont également susceptibles de provoquer des phénomènes jusqu’alors inconnus.
29/01/2000
© Anaconda-//, 2000
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Boule de feu en Alaska

Avec la nouvelle année, des boules de feu et de
glace semblent avoir commencé à envahir le ciel. C’est que, le 18 janvier dernier, les quelques habitants de la zone montagneuse entre Carcross, Yukon et Skagway en Alaska eurent une surprise étrange. Un double coup de tonnerre, un sifflement dans l’air, deux larges éclairs verdâtres et une légère odeur de pourriture ne furent que le prélude d’un événement que les témoins décrivirent plus tard comme un immense spectacle lumineux. Le bruit aurait fait trembler les fenêtres et tomber la neige des toits.
Il semble que les montagnards purent observer un des plus grands météores apparus au cours des dix dernières années. L’objet explosa à une hauteur de 25 kilomètres, et sa longue queue brilla encore 90 minutes après son passage. Mais les habitants de cette région peu peuplée ne furent pas les seuls à se rendre compte du phénomène. Les satellites de défense et les instruments censés enregistrer les mouvements sismiques le détectèrent immédiatement et trois jours plus tard, l’équipe de la NASA était sur place.
La curiosité des scientifiques est compréhensible. Car en 1908, une explosion similaire à celle d’Alaska avait illuminé le ciel au-dessus de la Sibérie centrale. On estime qu’elle aurait libéré une force comparable à celle d’une explosion de 20 mégatonnes de TNT et aplati les arbres dans une zone de quelque 65 kilomètres de diamètre. Mais, curieusement, l’impact n’aurait laissé ni de cratère ni d’autre trace visible sur le terrain. Aux chercheurs, il ne restait donc que la possibilité d’une simulation dont les résultats confirmèrent une de leurs théories préférées : selon eux, l’explosion aurait été déclenchée par un astéroïde du genre EGA. La simulation révéla qu’une météorite de trois mètres de diamètre qui tombe à une vitesse de quelque 16 km/s devrait effectivement exploser à environ huit kilomètres au-dessus du sol - ce qui fut le cas en Sibérie.
Le nouvel événement offre maintenant une chance inespérée et peut-être unique de découvrir des détails qui, en 1908, avaient échappé aux chercheurs. On sait déjà que l’énergie de la détonation récente équivalut à celle libérée par une explosion de trois kilotonnes de TNT. Le prochain pas sera l’analyse de la boule de feu qui servirait à connaître sa composition et, avec un peu de chance, aussi celle de l’objet sibérien. Auparavant, toutefois, il est nécessaire de ramasser assez de matière de base pour qu’un tel travail soit possible.
L’équipe de la NASA se mit donc à la recherche de morceaux ou, à défaut, de poussières de météorite. Avec un appareil spécialisé, le “Aerosol Particulate Sampler”, construit pour ramasser des particules à l’intérieur de la stratosphère, donc à une hauteur d’entre 10 et 50 kilomètres, ils fouillent l’atmosphère à quelque 20 kilomètres au-dessus de la Terre pour trouver des débris “perdus” par cet objet jusqu’alors si mystérieux. On espère aussi de découvrir des forêts aux arbres aplatis ou des cratères creusés par des fragments de météorite arrachés au moment de l’explosion.
24/01/2000
© Anaconda-//, 2000
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Livre au sujet : Astéroïdes, Météorïdes et Poussières interplanétaires



Le mystère des aérolites

Pour le moment, le mystère d’Espagne reste intact. Bien que les scientifiques de Madrid soient entre-temps arrivés à exclure certaines possibilités, ils ne peuvent toujours que prononcer des hypothèses sur l’origine des “aerolitos” étranges, de ces grands morceaux de glace qui, depuis le 9 janvier, bombardent leur pays. Et ces hypothèses sont loin de s’accorder l’une avec l’autre. La théorie préférée des astrophysiciens, celle de l’origine extraterrestre, fut plus ou moins écartée, mais les météorologues continuent à critiquer les conclusions des autres chercheurs.
Lorsque le premier bloc de glace tombé du ciel avait percé le toit d’un atelier à Tocina près de Séville, les scientifiques qui, immédiatement, accoururent pour analyser l’objet, hésitèrent entre trois solutions principales : un phénomène atmosphérique, de la glace issue de l’eau condensée sur les ailes d’un avion ou de l’eau chimique échappée du réservoir d’un aérostat, ou - l’hypothèse la plus attractive - une météorite composée de particules provenant d’une comète désintégrée.
Les experts de l’aviation s’opposèrent à l’idée de l’origine “aérotechnique”, avançant que, de toute manière, la plupart des points visés par les aérolites seraient loin de toute ligne aérienne. Le phénomène atmosphérique fut strictement contesté par les météorologues qui, pour leur part, étaient partisans de la théorie d’une origine extraterrestre. Et il est vrai qu’un tel concept aurait impliqué des aspects séduisants.
Malheureusement, les conditions de recherche se gâtèrent déjà au cours des jours suivant la première découverte. Des “blagueurs” commencèrent à fabriquer des boules de glace pour déclencher de fausses alertes. Le nombre de ces aérolites “faits à la main” augmenta finalement jusqu’à une quarantaine par jour et plus, et le doute sur l’authenticité de certains de ces objets empêchait les scientifiques de les utiliser dans leurs travaux. De cette façon, il pendirent probablement une partie de leur matière de base. Le maire de Mahón, Minorque, dans la crainte d’être lui aussi victime d’un de ces “farceurs”, fit analyser le bloc de presque deux kilos tombé sur sa commune avant de le livrer aux scientifiques : l’examen révéla que l’objet ne contenait aucune molécule de l’eau que l’on trouve sur l’île. Les chercheurs minorquins allaient même jusqu’à confirmer que leur boule n’était composée d’aucune sorte d’eau de robinet. Leur aérolite faisait donc partie des “vrais”.
Entre-temps, neuf blocs de glace furent déclarés authentiques. En principe, les examens sont terminés, mais les déclarations des scientifiques ne sont pas plus claires qu’auparavant. Seule l’hypothèse des boules de glace formées sur les ailes d’un avion ou tombées d’un aérostat est définitivement écartée : l’analyse exclue toute trace d’éléments chimiques.
Pour le moment, les experts sont donc obligés à se contenter des faits que leurs recherches permirent de ramasser : Tous les objets pèsent entre un et quatre kilos. Ils présentent la forme d’une pyramide ce qui, théoriquement, pourrait indiquer qu’ils seraient passés à travers une couche de gaz telle que notre atmosphère. En principe, cet aspect renforcerait la théorie des morceaux de comète. Mais dans ce cas, les blocs devraient initialement avoir disposé d’une masse comparable à celle d’un gratte-ciel pour que, après leur voyage par l’atmosphère, il leur en reste encore tant. - Peu importe, par contre, de quelle hauteur il tombèrent. Il est sûr, de toute manière, qu’ils arrivèrent par terre en “chute libre”, avec la vitesse adéquate de 300 km/h qui résulte de l’addition de la
force d’attraction et du freinage entraîné par la friction entre l’objet et l’air.
Ces éléments n’arrivent certainement pas à prouver une origine extraterrestre, mais ils ne l’excluent pas non plus. Ce qui, par contre, écarta finalement la théorie des météorites était l’analyse de la glace. On constata que sa composition était différente de celle de la matière cométaire, mais correspondait à la texture de l’eau atmosphérique, donc à la pluie ou à la neige. Et la structure des blocs rappelait fortement celle des grêlons - quoiqu’il s’agisse ici de grêlons bien gros.
Tout semble donc parler en faveur d’un simple phénomène météorologique - ce que les météorologues déclarent toujours impossible ou, pour le moins, peu probable. Comme la formation de tels corps ne pourrait définitivement pas avoir lieu dans la troposphère, l’endroit où se passent les processus météorologiques “ordinaires”, on pense maintenant à la partie plus élevée de l’atmosphère, la stratosphère, alors à une couche qui commence à 10 kilomètres de hauteur et s’étend jusqu’à 50 kilomètres au-dessus de la Terre. Mais cette théorie n’est pas non plus sans faille. On sait que la stratosphère est relativement pauvre en vapeur d’eau - comment les aérolites auraient-ils donc pu y ramasser assez de matière de base ? La question de la matière à part, il reste encore le problème de la congélation. Selon les météorologues, aucun mécanisme connu expliquerait un tel processus à l’intérieur de la stratosphère. Et même si la vapeur d’eau de la région se refroidissait jusqu’à former des blocs de glace - pourquoi les analyses des structures révélèrent-elles que chaque objet aurait gelé à une température différente ?
L’énigme est alors loin d’être résolue. Comparé à l’importance des autres questions encore ouvertes, le problème de l’acharnement des aérolites sur le territoire espagnol paraît mineur. Il est vrai qu’en 1995, une boule de glace d’un mètre de diamètre atterrit en Chine et qu’en 1998, deux autres blocs, de 50 et 100 kilos respectivement, tombèrent sur le sol de Brésil - à ne pas oublier le météore qui, le 18 janvier, explosa au-dessus d’Alaska. Mais on se demande, si une véritable “pluie” de glace comme on l’observe actuellement en Espagne ne devrait pas plutôt faire partie de la nouvelle classe des “phénomènes 2000"...
23/01/2000
© Anaconda-//, 2000
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Article lié : Aérolites en Italie



L’éclipse lunaire de l’année

Une bonne mais, d’abord, cinq mauvaises nouvelles : sur les quatre éclipses partielles du Soleil et les deux totales de la Lune que le ciel programma pour l’année 2000, une seule éclipse lunaire sera offerte aux Européens. Toutefois, on sera vite consolé. Car il semble que l’éclipse du 21 janvier sera vraiment une des plus belles.
Selon les prévisions des astronomes, le disque lunaire aura toutes les chances de se teindre de rouge brique à rouge foncé. Nous savons que c’est l’atmosphère terrestre à laquelle nous devons la couleur de ces éclipses. Elle filtre les rayons du Soleil et, dans le visible, elle ne laisse passer que les ondes d’une longueur relativement élevée - autrement dit, les rouges. Reste la question de l’intensité ou, plutôt, de la nuance. Au cours de l’éclipse, on peut partir du principe que plus la Lune est proche de notre planète, plus elle est foncée. Et effectivement, avec ses quelque 360.000 kilomètres, la distance qui, pour le moment, nous sépare de notre satellite pourrait à peine être plus courte. Le spectacle du 21 devrait par conséquent nous présenter une Lune si foncée que, normalement, elle serait condamnée à se fondre dans le noir du ciel nocturne.
Toutefois, le Soleil a encore son mot à dire. Car la proximité de la Terre n’est pas le seul facteur qui décide de la couleur de notre éclipse. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas seulement dans une phase où notre satellite s’approche au maximum - encore un autre maximum exerce son influence incontestée : celui de l’activité solaire. Au lieu de permettre à la Lune de traverser une ombre terrestre dense et sombre, cette activité la couvrira de rouge. Ce phénomène, défini déjà au début du siècle par André Danjon, un des directeurs de l’Observatoire de Paris, est fixé dans un schéma appelé “l’échelle de Danjon”, où l’éclipse de ce mois rangerait probablement sur la position trois
La proximité de la Lune nous apporte le deuxième avantage de cette éclipse : au cours du spectacle, le satellite se tiendra relativement proche de l’horizon. Il est vrai que cette position nous oblige à choisir les points d’observation les plus élevés possibles, mais grâce à elle, nous aurons la chance de contempler un disque spécialement “grand”. - Récemment, les Américains Lloyd et James Kaufman, père et fils, réussirent à lancer un argument probablement décisif dans la discussion autour de la question, pourquoi le diamètre d’un corps nous paraît plus important lorsqu’il est plus proche de l’horizon que du zénith : ils expliquèrent que la position près de l’horizon nous transmettrait l’illusion d’en être plus éloignée que d’un point à la même distance, au-dessus de nos têtes. Et la taille d’un objet au bout d’une distance apparente plus longue est automatiquement jugée plus grande que celle d’un corps du même diamètre, mais situé plus proche.
Ce sera à 2 heures 03 TU - donc à 3 heures 03 heure légale française - que notre satellite touchera le noeud, ce point sur l’écliptique où l’orbite lunaire coupe celle de la Terre. Mais avant d’arriver dans la zone qui commencera sérieusement à l’assombrir, la Lune devra poursuivre sa route pendant presque une heure. A 4 heures 02, toujours heure légale française, son bout gauche plongera dans le cône d’ombre de la Terre. Le golfe de la Rosée et, un peu plus tard, l’océan des Tempêtes se noieront dans l’obscurité. Le chemin à parcourir sera relativement long. A la hauteur de la Lune, le diamètre de l’ombre terrestre correspond encore à environ 10.000 kilomètres. Pour y disparaître entièrement, notre satellite - lui-même d’un diamètre de 3476 kilomètres - aura besoin de 63 minutes. Il y restera pendant 78 minutes. La totalité sera donc atteinte à 5 heures 05, et les amateurs de la Lune rouge auront jusqu’à 6 heures 22 pour la contempler et prendre en photo, jusqu’à l’heure alors, où se terminera la totalité. Mais partiellement, elle restera dans l’ombre jusqu’à 7 heures 26 et ne quittera la pénombre qu’à 8 heures 24. Et il sera temps. Car à cette heure-là, les premiers rayons solaires auront déjà commencé à “perturber” le spectacle...
Pour ceux qui, au cours des 5 heures et 21 minutes de la séance nocturne, auront envie de regarder ailleurs, le ciel prépare d’autres scènes : Jupiter, d’une magnitude de -2,5, dominera la constellation des Poissons à l’ouest de la Lune, et l’amas ouvert M 44 du Cancer apparaîtra dans des jumelles, à seulement 6° Est du disque assombri. Comme dans toutes ces nuits d’hiver, Orion et Bételgeuse ne seront pas loin et nous prouveront que, pendant que nous observerons la Lune, nous n’aurions qu’à tourner le dos à la scène pour envisager le Sagittaire, la région qui cache le centre de la Galaxie.
Encore, la météo annonce du beau temps. Mais si le phénomène du 21 était gâché par des nuages - ou le besoin de dormir -, les Européens auraient de quoi se consoler : la prochaine éclipse lunaire aura lieu dans moins d’un an, le 9 janvier 2001 et débutera - déjà peu après le coucher du Soleil.
18/01/2000
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Article lié : mouvement lunaire

Livre au sujet : Eclipses



Encore un point pour l’océan d’Europe

L’année commence bien pour les défenseurs de la théorie de l’océan sur Europe. Lorsque, le 3 janvier, la sonde Galileo s’approcha de nouveau de la lune jovienne, elle descendit à quelque 350 kilomètres d’altitude. Et ce que ses instruments y réussirent à enregistrer satisfaisait les plus grands espoirs des astronomes : le satellite de Jupiter paraît effectivement doté d’une mer salée.
Déjà les fissures dont la surface gelée est parsemée indiquent la présence d’eau liquide. On pense que, sous l’empire de la magnétosphère de Jupiter qui enferme la lune comme dans une “pochette” énergétique, Europe serait soumise aux conséquences d’une force de marée environ 300 fois plus importante que la Terre. Sous cette influence, la glace qui couvre la couche d’eau se briserait, des filets d’eau surgiraient pour, une fois à la surface, geler de nouveau. Au moment où cette eau s’échappe par les fissures dans la glace, elle est réchauffée par la friction engendrée par la force de marée et constitue une sorte de “source chaude” qui, temporairement, modifie le climat à la surface gelée.
Ces manifestations sont accompagnées par un autre phénomène dont l’origine semble liée à celle de l’apparition des fissures : Galileo vient d’observer ce qui fut soupçonné depuis longtemps - le champ magnétique de la lune elle-même se modifie à un rythme étonnant. Ces changements vont jusqu’à l’inversion de la position du pôle nord magnétique pratiquement toutes les cinq heures et demie. Mais brisure de glace ou modification de champ magnétique, pour que de telles manifestations soient possibles, il ne suffit pas que la magnétosphère jovienne exerce son influence. Il faut aussi que l’électricité engendrée par la présence accablante de la planète mère tombe sur un élément conducteur. La couche de glace dont l’épaisseur est estimée à une centaine de kilomètres est pourtant mal “placée” pour s’acquitter d’une telle tâche. Livrée à cette couche, l’électricité se perdrait sans déclencher des phénomènes similaires à ceux qui furent détectés par Galileo et, partiellement, déjà par ses prédécesseurs. Le seul milieu où toutes les conditions exigées par la logique des observations seraient remplies est effectivement celui de l’eau salée.
13/01/2000
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Dossier lié : Mais si l’on parle on peu de leurs lunes...? - les satellites joviens



L’énergie noire des galaxies spirales

Pour une fois, tout le monde est d’accord : pour qu’un objet exerce une certaine force de marée, il faut qu’il dispose d’une masse adéquate. La force centrifuge, par contre, dépend de la vitesse de rotation. C’est donc la relation entre la masse et la rotation d’un corps qui décide, quelle force est supérieure à l’autre. Si, toutefois, on applique cette règle à une galaxie spirale telle que notre Voie lactée, le résultat est déjà moins clair : on se rend compte que la masse de la matière visible est trop petite pour compenser l’énorme vitesse de rotation au bord de la galaxie. La force centrifuge devrait alors l’y emporter sur la gravité et, par conséquent, éjecter les étoiles de ces régions dans l’espace.
Pourtant, on sait que les étoiles “tiennent” bon. C’est pourquoi les astronomes ne voyaient qu’une seule solution à cette contradiction évidente : à part de la matière visible, les galaxies spirales devraient aussi en contenir une bonne quantité - entre 10 et 100 fois plus grande - d’invisible. La théorie de la matière noire était née. Ce qui ne veut pas dire que les partisans de la théorie auraient également été en mesure de définir la nature de cette matière mystérieuse - bien que les candidats n’y aient pas manqué : des trous noirs, des planètes, des particules atomiques ou subatomiques... à une époque, on pensait même aux naines blanches transformées, dans un stade ultérieur, en naines bleues ou noires. Mais, finalement, aucune hypothèse ne tenait debout. La masse des objets en question n’était jamais assez grande pour expliquer l’importance de la force de marée au bord des galaxies spirales.
Steven Whitehouse et George Kraniotis, deux chercheurs anglais, viennent d’étudier une autre idée. Selon eux, il ne sera peut-être plus nécessaire de scruter le ciel en quête de la fameuse matière noire. On devrait plutôt miser sur un phénomène appelé “énergie noire”.
Ce n’est pourtant pas la première fois que le monde scientifique entende parler de cette sorte d’énergie. Elle joue déjà un rôle principal dans la théorie de l’Univers en expansion. Il y a environ deux ans, Saul Perlmutter et son équipe de Californie annoncèrent que l’espace vide serait probablement rempli d’une espèce d’énergie - engendrée au moment du big bang - qui “bousculerait” les galaxies et serait responsable de l’augmentation de la vitesse de l’expansion de l’Univers. Cette énergie pourrait alors également occuper les vides à l’intérieur d’une galaxie. Partant du principe que la quantité de l’énergie correspondrait à celle de la masse noire hypothétique, sa force gravitationnelle serait suffisante pour que sa présence explique le comportement des étoiles au bord des galaxies spirales et remplace la masse manquante.
06/01/2000
© Anaconda-//, 2000
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