Le thème actuel
Mais si l’on parle un peu de leurs lunes... ?
Planètes ou lunes ?
Le mystère de l’eau salée
La vie sous l’eau
Sous l’empire de la magnétosphère
Ces atmosphères indispensables...
La chasse aux planètes bat son plein. Après la découverte d’une foule de mondes géants, c’est le tour aux
telluriques, et l’univers scientifique s’avance même jusqu’à la recherche de systèmes solaires susceptibles de
ressembler au nôtre. - HK Tauri, l’étoile binaire de la constellation du Taureau, n’est-elle pas entourée d’un
disque protoplanétaire prometteur d'une deuxième Voie lactée ?
Ce qui se cache derrière tous ces efforts scientifiques ? Toujours le même vieux rêve de l’humanité, la
découverte de la vie. Non forcément d'une existence humaine, mais d’une vie organique... Une branche de la
planétologie refuse toutefois d’aller si loin. Il est vrai que les terres géantes de notre système solaire
n’hébergent définitivement aucune forme de vie. Galileo, toutefois, cette sonde lancée en 1989, destinée à
l’exploration du monde jovien, nous a ouvert un autre univers : celui des lunes de Jupiter. Io, Europe,
Ganymède, Callisto, tous ces satellites ont révélé des merveilles plus qu’inespérées - des océans souterrains,
des champs magnétiques étonnants, des interactions qui renversent nos conceptions de la région...
Ainsi, la question se présent sous une lumière nouvelle : Il est certainement indispensable d’explorer les
Jupiter. -
Il n’y a pas si longtemps qu’on les prenait encore pour des morceaux de roches inanimés. Mais après les
révélations des sondes Voyager et, plus récemment, celles de la mission Galileo, les scientifiques comprirent
qu’ils les avaient sous-estimées : l’exploration de Io, d’Europe, de Ganymède et de Callisto, des lunes les plus
considérables de Jupiter, ouvrit un regard inespéré sur des mondes plus qu’étonnants.
Il est vrai qu’on a pris l’habitude de regrouper ces quatre petits univers sous une même dénomination, celle de
“
satellites joviens”, ou encore, évoquant l’homme qui les avait aperçus le premier, “
galiléens” - une coutume qui exprime parfaitement ce que les astronomes attendaient d’eux : qu’ils se ressemblent, loin de présenter des particularités propres. Rien, alors, que des morceaux de roches...
Jusqu'à ce qu’on se rende compte qu’ils n'ont effectivement en commun que leur centre d’attraction : Jupiter,
leur
planète mère. Leur ressemblance n’est finalement pas plus frappante que celle de Mercure et Vénus qui elles aussi n’ont pratiquement en commun que de tourner autour d’un même corps. Toutes les
lunes joviennes ont leurs traits de caractère spécifiques et, regardée de près, chacune forme un monde non moins intéressant que notre
Terre.
Prenons Io, le satellite jovien le plus proche de Jupiter. Enfermé dans l’immense champ magnétique qui
entoure la planète géante, il détient le record de la lune la plus active du
Système solaire. Ses volcans crachent sans cesse de la lave, et des lacs de soufre couvrent de larges parties de sa surface. Sur Io, aucune trace de botte imprégnée dans le sol ne subsisterait longtemps...
D’abord, en 1995, on se rendit compte qu'il y avait de l’oxygène sur Europe, la deuxième lune galiléenne
après Io. Un an plus tard, on tombait sur une
atmosphère composée surtout de sodium issu, probablement, des volcans de Io. Encore un peu plus tard, on y soupçonnait l'existence d’eau liquide. Jusqu’à ce que, finalement, la merveille devint publique : les scientifiques sont quasiment certains que sous la glace qui couvre le satellite se cache un immense océan salé.
Avec son diamètre de 5260 kilomètres, Ganymède détient le record du plus grand satellite de notre système
solaire. Ce qui ne veut pas dire que sa masse, à peu près le double de celle de la Lune, soit immense. Trop
petite, aurait-on toujours soutenu, pour développer un champ magnétique. Imaginons alors la stupéfaction des
scientifiques lorsque, en 1996, la sonde Galileo découvrit une vraie
magnétosphère autour de cette troisième lune jovienne. Une magnétosphère prise à l’intérieur d’une autre, plus grande et forte - celle de la planète mère elle-même.
Reste encore Callisto, la lune galiléenne la plus éloignée de Jupiter. Longtemps, même après les fameuses
découvertes sur les autres satellites, on était persuadé qu’au moins le grand dernier resterait fidèle à sa
réputation initiale : qu’il était un objet sans intérêt, rocheux, glacé, sans importance. Mais encore une fois,
une grande surprise attendait les astronomes : Galileo leur apprit que Ganymède n’était pas le seul dans le
secteur à posséder un champ magnétique inespéré. Et, plus fort encore, la sonde leur annonça la nouvelle d’un
autre océan salé, semblablement profond d’une dizaine de kilomètres...
Face à de tels attributs - activité interne, eau, champs magnétiques - on pourrait se demander, quelle serait
finalement la différence entre les “véritables” planètes et les lunes de Jupiter. A un certain moment, il y avait
tendance à prêter à Io quelques traits communs avec notre satellite terrestre. Effectivement, par sa masse, son
diamètre et sa densité il se rapproche fortement de la Lune. Mais ces ressemblances sont-elles déjà suffisantes
pour classer les objets joviens dans la même catégorie que notre satellite ?
Bien que les scientifiques ne se soient toujours pas mis d’accord sur la définition d’une planète - les
exoplanétologues en discutent pratiquement sans relâche -, la plupart des experts conviennent cependant que certains
facteurs jouent un rôle essentiel : l’existence d’une quantité minimale d’eau, d’une activité interne actuelle ou passée, d’une magnétosphère ou d’une atmosphère qui elle non plus ne manque pas dans l’univers galiléen. Mais tandis que tous les aspects pourraient théoriquement se discuter, on est formel sur la question de la spécificité de base : toute planète est en
orbite autour d’une étoile.
Et Jupiter n’est évidemment rien qu’une planète... fut décidé il y a longtemps. Quoique des voix qui
prétendent le contraire ne fassent pas défaut. Vers la fin des années 70, même l’hypothèse d’une jeunesse
commune à notre
Soleil et à Jupiter gagna quelques partisans. C’est que les découvertes des sondes Voyager qui, en 1997, explorèrent l’univers jovien n’exclurent pas la possibilité d’une deuxième étoile, Jupiter, dont l’intérieur fut chauffé par le fameux “fourneau” à
hydrogène. Pour quelque temps, cette chaleur aurait été suffisante pour créer un climat agréable sur les quatre grands satellites en orbite autour de ce soleil numéro deux et - pourquoi pas - pour établir la base du développement d’une forme de vie. Jusqu’à ce que, finalement, le coeur de Jupiter se soit refroidi... - Pourtant, la plupart des astronomes suivent actuellement la définition selon laquelle une étoile doit être assez dense et massive pour que, dans son coeur, des réactions thermonucléaires ne puissent pas seulement se déclencher, mais aussi continuer. De cette manière, la géante demeure planète, et ses satellites restent attachés au groupe des lunes - ou, au mieux, à celui des “corps
planétaires”.
Toutefois, planètes, lunes ou corps planétaires, la question essentielle qui agite le monde scientifique n’est
pas celle d’une définition. Ce qui intéresse surtout est l’énigme de l’existence de la vie. Il est vrai que la
situation sur Io, Europe, Ganymède ou Callisto paraît de plus en plus prometteuse. Mais fut-elle jamais assez
prometteuse pour avoir rempli un jour les conditions susceptibles de mener à la naissance d’une forme de vie
?
A première vue, la surface d’Europe rappelle la croûte de glace qui, près des pôles, couvre l’océan terrestre. Et
c’est justement de la mer que, selon pratiquement toutes les théories en cours, la vie aurait tiré son origine...
L’idée d’un océan salé, caché sous une couche de glace, se manifesta déjà après les survols du coin par les
Voyager. Mais fin 1996, au début de l’ère Galileo, on commença à la discuter sérieusement. C’est que les
sondes avaient constaté que sur Europe, les plaines couvertes de glace avaient l’air extraordinairement
“jeunes”. On aurait attendu de les trouver parsemées de cratères d’impacts modelés lors de ces rencontres
violentes avec des météorites si fréquentes dans cette région. Toutefois, au lieu d’un satellite plein de trous -
semblable, par exemple, à Ganymède - les photos transmises par les sondes présentèrent une surface lisse et
brillante.
Sur Io, ce petit corps extrêmement actif, on n’est pas étonné du manque spectaculaire de cratères. Il est bien
connu qu’ici, une météorite aurait à peine le temps de creuser sa niche avant de la voir déjà se remplir de lave.
L’activité volcanique y est si forte que la surface se modifie - qu’elle “rajeunit” - sans cesse.
Ganymède, par contre, où toute activité géologique paraît éteinte depuis longtemps, est couvert de cratères. Il
est vrai que l’état de sa surface prouve que la lune connut aussi une époque de forte tectonique et d’un
volcanisme considérable. Mais tout cela est du passé. Seules restent les rencontres avec les météorites. Depuis
que le dernier volcan se calma définitivement, leurs empreintes restèrent imprimées sur le sol, l’aspect de la
croûte ne changea plus jamais.
Et sur Europe ? Ici, pensa-t-on, il n’y avait que deux possibilités : soit que les météorites aient tendance à
épargner la deuxième lune jovienne, soit qu’une force assez efficace s’occupe à cacher leurs traces. Mais on
se rendit compte que les images du monde galiléen suggèrent une certaine ressemblance entre Europe et
Ganymède, surtout en ce qui concerne leur structure - avec la différence que sur Ganymède, rien ne bouge
plus. Europe ne pourrait-elle pas par conséquent partager l’activité interne qui, à son époque, dominait sa
voisine ?
Une théorie que Galileo n’hésita pas à soutenir. C’est que ses photos beaucoup plus explicites que celles de
ses prédécesseurs révélèrent que les craquelures sombres dans la glace déjà observées par Voyager - mais dont
la signification n’était pas très claire - n’étaient que les limites de plaques en mouvement. Quelques-unes de
ces cassures semblent jusqu’à 3000 kilomètres de long. Le mouvement plus ou moins constant de ces plaques
pourrait provoquer le remodelage de la surface rajeunissant avec chaque poussée. On estime effectivement que
la dernière cure de rajeunissement complète ne date que d’une centaine de millions d’années au maximum.
On a donc découvert, pourquoi la croûte glacée d’Europe a l’aspect si jeune. Mais comment les plaques
furent-elles formées ? Et quel phénomène les pousse à se déplacer ? -
De nouveau grâce à Galileo, on avait rapidement compris que les plaines lisses d’Europe n’étaient en vérité
pas toujours si unies comme on l’avait cru à première vue. Les craquelures dans la glace n’étaient en effet pas
les seules irrégularités que l’on pouvait observer. Dans certaines régions, de nouveaux cratères apparaissent et
s’effacent, les craquelures et même un véritable réseau de failles se modifient sans cesse. Des icebergs
voguent parmi les plaques de glace.
Tout cela a l’air de flotter sur une couche de matière liquide. Si s’était vrai, la couche de glace ne serait donc
pas si épaisse comme elle avait l’air. - Entre-temps, on avait constaté que la
densité d’Europe était plus élevée que celle des autres satellites joviens. Cette observation fut expliquée par l’existence d’un noyau de
silicates assez important. Ce noyau enferme probablement des éléments radioactifs susceptibles de dégager assez de chaleur pour faire fondre une grande partie de la glace et engendrer de véritables geysers et volcans souterrains. Remontant vers la surface, ils réchauffent la glace, les failles et craquelures se développent, et les vapeurs qui s’échappent par les brisures entraînent la liquéfaction temporaire d’une partie de la glace de surface. Le fluide s’écoule dans les failles et cratères, met les plaques en mouvement et remodelle le sol du satellite.
A la longue, il ne reste que les failles et cratères les plus énormes. On estime l’épaisseur de la glace - de la
glace d’eau, de méthane et d’ammoniac - à environ 150 kilomètres. Mais cette couche déjà relativement mince
n’est pas seulement livrée à l’action programmée par le coeur de la lune. Les
forces de marées des satellites et de la planète voisine jouent également un rôle dans le renouvellement constant de l’aspect d’Europe et, surtout, il ne faut pas oublier l’existence de son atmosphère. Chauffée sous l’influence du fort champ magnétique de la planète mère, elle ajoute de la chaleur extérieure à l’énergie dégagée par le coeur de la lune.
La température dans son ionosphère est effectivement supérieure à celle mesurée plus près du sol.
Toutefois, la magnétosphère de Jupiter pourrait aussi jouer dans la question du réchauffement intérieur. Si
nous partons du principe de la présence de l’eau salée, nous avons évidemment affaire à une matière connue
comme puissante conductrice d’électricité. Un fort courant électrique doit alors se former entre la
magnétosphère jovienne et l’océan et réchauffer la couche liquide.
Cet océan sous-jacent est-il habité ? - Si, quelque part dans l’espace, nous avions la chance de tomber sur un
organisme vivant, ce ne serait certainement que dans une mer. Sur un point, tous les scientifiques sont du
même avis : la vie terrestre s’est développée sous l’eau. La présence d’êtres vivants dans nos océans à une
profondeur où tout rayon solaire est exclu et celle d’organismes - découverts plus récemment - vivant en
voisinage immédiat de volcans abyssaux toujours actifs, prouvent de toute manière qu’il y a des formes de vie
qui n’ont pas besoin ni de lumière ni de températures modérées. Des bactéries et microbes furent même
trouvées dans des glaciers ou des eaux irradiées autour des centrales nucléaires. - Bref, il semble que
l’apparition de la vie ne soit pas toujours soumise à des conditions trop strictes. Bien qu’il soit vrai que la
situation sur Europe est loin d’être favorable. La température n’y monte pratiquement jamais au-dessus de
-130°C, et l’irradiation à laquelle la planète mère expose sa lune est au-dessus du seuil supportable pour un
corps humain. Mais, d’un autre côté, si des organismes terrestres sont capables de s’adapter à des milieux
extrêmes, pourquoi l’océan d’Europe n’aurait-il pas pu concevoir de tels êtres ?
Face à ces arguments, une autre théorie reprit le dessus : celle de l’existence de deux soleils dans notre
système solaire. Peu après sa création, Jupiter aurait pu être assez chaud pour échauffer la deuxième lune
galiléenne au point d’engendrer de la vie dans les profondeurs de son océan. La couche de glace ne serait
apparue qu’après la “mort” de l’étoile et sa transformation en planète. - Des organismes engendrés à ce
moment auraient-ils eu la chance de s’adapter aux nouvelles conditions ?
Les dernières trouvailles sur Terre prouvent qu’une telle possibilité n’est pas tout à fait absurde. Reste la
question, à quel endroit il faudrait entamer la recherche. Suivant le chemin récemment tracé par les
biologistes, l’idée serait peut-être bonne de fouiller carrément en dessous de la croûte de glace. Car même si
très peu de lumière - ou aucune - traverse la couche, nous savons maintenant que la vie n’a pas forcément
besoin de la radiation solaire. Mais comme sur notre planète, nous devrions peut-être partir du principe que
les organismes choisissent plutôt des sites où une température agréable favorise leur évolution. Les régions
chauffées par les geysers ou celles où l’eau est imprégnée de la lave de volcans sous-marins pourraient ainsi
être la berceuse d’une vie extraterrestre créée dans les premiers instants de notre Système solaire.
Qu’une géante comme Jupiter soit entourée d’une magnétosphère énorme n’étonne plus personne. Ce qui est
certainement plus rare, c’est de trouver un champ magnétique enfermé - dans un autre. Dans le monde jovien,
pourtant, on en découvrit même plusieurs.
De nouveau, ce fut Galileo qui s’en aperçut le premier : la sonde tomba sur un véritable champ magnétique
autour de Io, la lune galiléenne la plus proche de la planète mère. Jusqu’à ce jour, l’idée d’une magnétosphère
fut plutôt associée avec les “véritables” planètes. Ainsi, il est déjà assez curieux d’en détecter une autour d’un
satellite - de la voir logée à l’intérieur d’une autre, beaucoup plus grande et puissante paraît carrément
incroyable. Et pourtant, le “trou” dans le champ magnétique jovien dans lequel la sonde “tomba” lorsqu’elle
s’approcha de Io ne laissa pas de doute : Galileo avait trouvé un endroit où une force inconnue et
insoupçonnée s’opposait à la puissance magnétique de la région, la diminuant de quelque trente pour cent. Et,
effectivement, rien qu’une deuxième force magnétique serait capable d’amener la première à faiblir à tel
point...
Les scientifiques n’hésitèrent pas à formuler une explication logique. Ils conclurent qu’au centre de la lune
devrait être logé un noyau rocheux beaucoup plus volumineux qu’attendu, imprégné d’un réseau d’artères
métalliques, probablement de fer. Grâce à Galileo, on arriva même à estimer la taille de ce noyau : on pense
qu’il correspond à environ la moitié du diamètre du satellite entier.
Jusqu’à ce jour, cette découverte étrange ne mena pratiquement qu’à l’explication d’une sorte de lueur
aurorale observée du côté Jupiter. - On calcula que la rencontre des deux magnétosphères créerait un circuit
électrique qui exposerait la planète à des décharges de quelque deux trillions de watt, ce qui est largement
assez pour allumer tout genre de scintillement lumineux. - Lorsque, par contre, on se rendit compte que
Ganymède lui aussi possédait un champ magnétique enfermé dans celui de la planète mère, on commença
sérieusement à se creuser la tête et finalement, un soupçon sensationnel fut prononcé : et si l’océan d’Europe
n’était pas la seule mer cachée dans le monde jovien ?
Bien que Ganymède détienne le titre du plus grand satellite du Système solaire, on
ne le croyait pas assez volumineux pour cacher dans son coeur un noyau de fer
susceptible de créer un propre champ magnétique. L’exemple de Io montrait
évidemment que le diamètre d’un corps ne mène pas forcément à des conclusions sur
la situation intérieure. Toutefois, bien que l’existence d’un tel noyau ne pût
naturellement pas être exclue, peu de scientifiques y croyaient pour de bon. Une des
objections principales était la densité de la masse des satellites. Quoique plus petit
que Ganymède, Io possède une masse volumique de 3,42 grammes par centimètre
cube, contre 1,39 pour la troisième lune de Jupiter - ce qui rend le gros coeur de fer
beaucoup plus probable chez Io que chez Ganymède. D’un autre côté, si Ganymède
n’était pas tellement paisible comme on l’avait supposé, une bonne partie d’un tel
noyau pourrait consister en fer liquide. Dans ce cas, la densité relativement faible ne
serait pas nécessairement en contradiction avec son existence...
Rien n’était donc clair, et on continua à chercher d’autres explications. Finalement, ce fut Margaret G.
Kivelson, un des membres de l’équipe qui gère les dates transmises par Galileo, qui prononça la première
l’idée d’une mer souterraine : un océan salé, situé sous la croûte du satellite, serait un conducteur d’électricité
assez puissant pour répandre des courants capables d’engendrer un champ magnétique.
Il fallait attendre l’année 1998 jusqu’à ce que Galileo découvre encore un autre champ magnétique - et même
le plus surprenant de l’univers jovien : celui de Callisto, de ce petit objet criblé de cratères que tout le monde
avait pris pour un corps éteint, sans intérêt. De nouveau, la question de l’origine d’un tel phénomène se fit
entendre. Il semblait de toute manière impossible qu’un champ magnétique puisse émaner d’un bloc inanimé
de roche et de glace.
Tout ce que l’on savait, c’était que quelque chose situé une centaine de kilomètres en dessous de la surface du
satellite était en interaction avec la magnétosphère de Jupiter. Il ne restait alors qu’appliquer aussi à Callisto
la théorie d’un océan salé. Peut-être l’activité interne de la lune ne serait-elle pas tout à fait calmée elle non
plus ? - Un autre indice soutenait d’ailleurs encore l’hypothèse de l’eau liquide. On se rendit compte que la
forme des cratères d’impact les plus importants - comme par exemple celle d’Asgard, d’une structure de 1700
kilomètres de large - dénonce la présence d’eau ou, du moins, de glace partiellement fondue.
Pourtant, si quelques scientifiques tirent de l’océan d’Europe l’espoir que des
organismes vivant y aient pu voir le jour, il n’y a pas la moindre chance pour Callisto.
Car bien que l’on ne sache pas encore vraiment d’où sort la chaleur responsable pour
empêcher l’eau salée des lunes joviennes de geler, on peut partir du principe que sur
Europe, la force de marée exercée sur elle par la planète mère joue un rôle important.
Sur Callisto, par contre, ne reste pratiquement que la théorie de la chaleur rayonnée
par des éléments radioactifs à l’intérieur du corps. La radiation qui y tomberait sur un
éventuel être vivant serait donc si forte que, malgré les dernières découvertes sur
Terre, toute forme de vie s’éteindrait probablement tout de suite.
Depuis un moment, on soupçonne déjà tous les satellites joviens d’avoir été un jour soumis à des activités
internes. Aujourd’hui, on croit même que la “vie” au coeur de ces lunes pourrait toujours être plus ou moins
intacte - aucune n’aurait donc atteint ce stade définitif de “blocs de roche et de glace inanimés”. Si nous
ajoutons l’existence de l’eau et des magnétosphères, il ne manque plus beaucoup pour avoir rassemblé toutes
les conditions théoriques de la création de la vie. Sauf, peut-être, celle de la présence d’une atmosphère. -
Mais des atmosphères, il y en a...
La provenance de celle de Io n’a rien d’un mystère. Avec toute cette activité volcanique qui secoue le satellite,
il serait plutôt étonnant si la gravité du corps ne retenait pas assez d’éléments gazeux pour en faire une
atmosphère. Comme on peut s’en douter, elle consiste surtout n dioxyde de soufre. Au lieu de nous demander
d’où vient l’atmosphère autour de Io, nous devrions par conséquent nous interroger sur l’origine de la chaleur
qui entretient l’activité volcanique responsable de cette atmosphère. Ou, autrement dit : comment est-il
possible qu’un objet si petit comme Io - avec son diamètre de 3630 kilomètres, il est à peine plus grand que
notre Lune - produise assez de chaleur intérieure pour lui procurer le titre du corps le plus actif du Système
solaire ?
Pour maintenir une forte activité volcanique, il est évidemment nécessaire qu’une sorte de carburant réchauffe
le coeur du satellite. Les “véritables” planètes se servent en général d’un “poêle” à radioactivité qui désintègre
les éléments lourds dans les roches à l’intérieur du corps. Toutefois, pour que ce “poêle” ne s’éteigne pas, il
faut une certaine quantité de matière première - quantité qui ne peut pas se trouver dans un objet trop petit.
Faute d’espace suffisante à l’intérieur, le “carburant” doit donc être stocké à l’extérieur de Io. Plus
précisément, dans son voisinage. C’est que la masse énorme de Jupiter développe une telle force de
gravitation que la lune, livrée à elle sans pouvoir y opposer d’anti-force adéquate, est continuellement
oppressée par ses effets. La proximité de l’autre grande voisine, Europe, dont la gravitation n’épargne pas non
plus le petit Io, y ajoute encore, et aux moments d’une conjonction la pression devient si forte que les
éruptions volcaniques ne se comptent pratiquement plus.
Sous l’empire de toute cette énergie gravitationnelle, Io ne risque certainement pas de refroidir et, par
conséquent, de ne plus pouvoir conserver son enveloppe gazeuse.
D’où, par contre, vient l’atmosphère de sodium qui entoure Europe jusqu’à une altitude correspondante à
quelque 25 fois son rayon ? - De nouveau c’est la planète mère que veille sur les besoin de ses lunes. Nous
avons déjà vu, comment elle réchauffe son satellite galiléen le plus proche pour entretenir son activité interne.
Grâce à cette activité de Io, Europe est bombardée sans cesse d’une bonne quantité de gaz de sodium. Au
cours de son voyage à travers la magnétosphère jovienne ce gaz est ionisé, se lie ensuite avec la glace à la
surface du satellite pour, plus tard, après de se libérer de nouveau, monter et rester attaché à Europe en forme
d’une atmosphère mince mais constante.
Cette atmosphère qui, à part du gaz de sodium, se nourrit aussi de l’oxygène et de
l’hydrogène, met aussi du sien pour augmenter la température sur le satellite. On se
rendit effectivement compte que sous le toit de l’atmosphère d’Europe, il fait plus
chaud qu’à sa surface glacée : encore une preuve, alors, que la chaleur qui garantit
l’état liquide d’un océan n’émane pas forcément de l’intérieur...
Après toutes les merveilles déjà rapportées par Galileo au cours de sa visite dans l’univers jovien, personne ne
devrait plus être impressionné par la découverte des atmosphères de Ganymède et de Callisto. Celle de
Ganymède semble surtout contenir de l’hydrogène, tandis que Callisto s’entoure plutôt de dioxyde de
carbone. Mais bien que l’on ait accepté que la dernière des lunes galiléennes ne soit probablement pas
dépourvue d’une certaine activité interne, susceptible de produire le gaz nécessaire pour alimenter une
atmosphère menue, on ne comprend pas encore tout à fait, comment le satellite se débrouille pour garder cette
atmosphère. C’est qu’avec sa pression extrêmement faible de 7,5 picobars et sa température de surface de
quelque -120° C, Callisto est mal équipé pour retenir les molécules de gaz. Sous l’influence des rayons
ultraviolets du Soleil et l’énergie magnétique de la magnétosphère omniprésente de Jupiter, elles devraient
s’ioniser et s’envoler vers l’espace. Il ne reste donc que deux possibilités : la première, très peu probable, que
ni le rayonnement solaire ni le magnétisme jovien ne feraient leur travail ou, la deuxième, que Callisto serait
encore plus “vif” qu’attendu. Au lieu de se limiter à l’intérieur, son activité aurait aussi atteint la surface d’où
assez de gaz serait rejeté pour renouveler sans cesse une atmosphère éphémère.
Toutefois, de telles atmosphères peuvent-elles garantir les besoins d’une vie
extraterrestre ? - Face à la découverte d’organismes en milieu extrême, la question
risque de perdre tout sens. Le problème qui tourmente les exobiologistes vient par
conséquent d’être transformé : on ne doit plus se demander si les conditions régnant
sur un corps céleste sont suffisantes pour qu’une vie comparable à celle sur la Terre
puisse être engendrée. Il faudrait plutôt s’interroger sur la nature des conditions
réclamées par des formes de vie encore inconnues. Ou peut-être même sur la nature
des formes de vie elles-mêmes...
© Anaconda-//, 1999
La réproduction et la traduction du texte - ou d'une partie du texte - sont interdites par la loi
Retour à la liste des sujetshttp://www.anaconda-2.net/aldebaran.html
Photo : Volcan actif sur Io
© Galileo Project, JPL, NASA
Photo : Ganymède
© Galileo Project, JPL, NASA
Photo : Jupiter avec Io
© Galileo Project, JPL, NASA
Photo : Les satellites galiléens
© Galileo Project, JPL, NASA
Photo : Impact sur Europa
© Galileo Project, JPL, NASA
Photo : Surface d'Europa
© Galileo Project, JPL, NASA
Photo : Europa
© Galileo Project, JPL, NASA