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actualité janvier 2000
Le mystère des aérolites
Pour le moment, le mystère d’Espagne reste intact. Bien que les scientifiques de Madrid soient entre-temps arrivés à exclure certaines possibilités, ils ne peuvent toujours que prononcer des hypothèses sur l’origine des “aerolitos” étranges, de ces grands morceaux de glace qui, depuis le 9 janvier, bombardent leur pays. Et ces hypothèses sont loin de s’accorder l’une avec l’autre. La théorie préférée des astrophysiciens, celle de l’origine extraterrestre, fut plus ou moins écartée, mais les météorologues continuent à critiquer les conclusions des autres chercheurs.
Lorsque le premier bloc de glace tombé du ciel avait percé le toit d’un atelier à Tocina près de Séville, les scientifiques qui, immédiatement, accoururent pour analyser l’objet, hésitèrent entre trois solutions principales : un phénomène atmosphérique, de la glace issue de l’eau condensée sur les ailes d’un avion ou de l’eau chimique échappée du réservoir d’un aérostat, ou - l’hypothèse la plus attractive - une météorite composée de particules provenant d’une comète désintégrée.
Les experts de l’aviation s’opposèrent à l’idée de l’origine “aérotechnique”, avançant que, de toute manière, la plupart des points visés par les aérolites seraient loin de toute ligne aérienne. Le phénomène atmosphérique fut strictement contesté par les météorologues qui, pour leur part, étaient partisans de la théorie d’une origine extraterrestre. Et il est vrai qu’un tel concept aurait impliqué des aspects séduisants.
Malheureusement, les conditions de recherche se gâtèrent déjà au cours des jours suivant la première découverte. Des “blagueurs” commencèrent à fabriquer des boules de glace pour déclencher de fausses alertes. Le nombre de ces aérolites “faits à la main” augmenta finalement jusqu’à une quarantaine par jour et plus, et le doute sur l’authenticité de certains de ces objets empêchait les scientifiques de les utiliser dans leurs travaux. De cette façon, il pendirent probablement une partie de leur matière de base. Le maire de Mahón, Minorque, dans la crainte d’être lui aussi victime d’un de ces “farceurs”, fit analyser le bloc de presque deux kilos tombé sur sa commune avant de le livrer aux scientifiques : l’examen révéla que l’objet ne contenait aucune molécule de l’eau que l’on trouve sur l’île. Les chercheurs minorquins allaient même jusqu’à confirmer que leur boule n’était composée d’aucune sorte d’eau de robinet. Leur aérolite faisait donc partie des “vrais”.
Entre-temps, neuf blocs de glace furent déclarés authentiques. En principe, les examens sont terminés, mais les déclarations des scientifiques ne sont pas plus claires qu’auparavant. Seule l’hypothèse des boules de glace formées sur les ailes d’un avion ou tombées d’un aérostat est définitivement écartée : l’analyse exclue toute trace d’éléments chimiques.
Pour le moment, les experts sont donc obligés à se contenter des faits que leurs recherches permirent de ramasser : Tous les objets pèsent entre un et quatre kilos. Ils présentent la forme d’une pyramide ce qui, théoriquement, pourrait indiquer qu’ils seraient passés à travers une couche de gaz telle que notre atmosphère. En principe, cet aspect renforcerait la théorie des morceaux de comète. Mais dans ce cas, les blocs devraient initialement avoir disposé d’une masse comparable à celle d’un gratte-ciel pour que, après leur voyage par l’atmosphère, il leur en reste encore tant. - Peu importe, par contre, de quelle hauteur il tombèrent. Il est sûr, de toute manière, qu’ils arrivèrent par terre en “chute libre”, avec la vitesse adéquate de 300 km/h qui résulte de l’addition de la force d’attraction et du freinage entraîné par la friction entre l’objet et l’air.
Ces éléments n’arrivent certainement pas à prouver une origine extraterrestre, mais ils ne l’excluent pas non plus. Ce qui, par contre, écarta finalement la théorie des météorites était l’analyse de la glace. On constata que sa composition était différente de celle de la matière cométaire, mais correspondait à la texture de l’eau atmosphérique, donc à la pluie ou à la neige. Et la structure des blocs rappelait fortement celle des grêlons - quoiqu’il s’agisse ici de grêlons bien gros.
Tout semble donc parler en faveur d’un simple phénomène météorologique - ce que les météorologues déclarent toujours impossible ou, pour le moins, peu probable. Comme la formation de tels corps ne pourrait définitivement pas avoir lieu dans la troposphère, l’endroit où se passent les processus météorologiques “ordinaires”, on pense maintenant à la partie plus élevée de l’atmosphère, la stratosphère, alors à une couche qui commence à 10 kilomètres de hauteur et s’étend jusqu’à 50 kilomètres au-dessus de la Terre. Mais cette théorie n’est pas non plus sans faille. On sait que la stratosphère est relativement pauvre en vapeur d’eau - comment les aérolites auraient-ils donc pu y ramasser assez de matière de base ? La question de la matière à part, il reste encore le problème de la congélation. Selon les météorologues, aucun mécanisme connu expliquerait un tel processus à l’intérieur de la stratosphère. Et même si la vapeur d’eau de la région se refroidissait jusqu’à former des blocs de glace - pourquoi les analyses des structures révélèrent-elles que chaque objet aurait gelé à une température différente ?
L’énigme est alors loin d’être résolue. Comparé à l’importance des autres questions encore ouvertes, le problème de l’acharnement des aérolites sur le territoire espagnol paraît mineur. Il est vrai qu’en 1995, une boule de glace d’un mètre de diamètre atterrit en Chine et qu’en 1998, deux autres blocs, de 50 et 100 kilos respectivement, tombèrent sur le sol de Brésil - à ne pas oublier le météore qui, le 18 janvier, explosa au-dessus d’Alaska. Mais on se demande, si une véritable “pluie” de glace comme on l’observe actuellement en Espagne ne devrait pas plutôt faire partie de la nouvelle classe des “phénomènes 2000"...
23/01/2000
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