Une bonne mais, d’abord, cinq mauvaises nouvelles : sur les quatre
éclipses partielles du
Soleil et les deux
totales de la Lune que le ciel programma pour l’année 2000, une seule éclipse lunaire sera offerte aux
Européens. Toutefois, on sera vite consolé. Car il semble que l’éclipse du 21 janvier sera vraiment une des plus
belles.
Selon les prévisions des astronomes, le disque lunaire aura toutes les chances de se teindre de rouge brique à
rouge foncé. Nous savons que c’est l’atmosphère terrestre à laquelle nous devons la couleur de ces éclipses. Elle
filtre les rayons du Soleil et, dans le visible, elle ne laisse passer que les ondes d’une longueur relativement
élevée - autrement dit, les rouges. Reste la question de l’intensité ou, plutôt, de la nuance. Au cours de l’éclipse,
on peut partir du principe que plus la Lune est proche de notre
planète, plus elle est foncée. Et effectivement, avec ses quelque 360.000 kilomètres, la distance qui, pour le moment, nous sépare de notre satellite pourrait à peine être plus courte. Le spectacle du 21 devrait par conséquent nous présenter une Lune si foncée que, normalement, elle serait condamnée à se fondre dans le noir du ciel nocturne.
Toutefois, le Soleil a encore son mot à dire. Car la proximité de la
Terre n’est pas le seul facteur qui décide de la couleur de notre éclipse. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas seulement dans une phase où notre satellite s’approche au maximum - encore un autre maximum exerce son influence incontestée : celui de l’activité solaire. Au lieu de permettre à la Lune de traverser une ombre terrestre dense et sombre, cette activité la couvrira de rouge. Ce phénomène, défini déjà au début du siècle par André Danjon, un des directeurs de
l’Observatoire de Paris, est fixé dans un schéma appelé “l’échelle de Danjon”, où l’éclipse de ce mois rangerait
probablement sur la position trois
La proximité de la Lune nous apporte le deuxième avantage de cette éclipse : au cours du spectacle, le satellite
se tiendra relativement proche de l’horizon. Il est vrai que cette position nous oblige à choisir les points
d’observation les plus élevés possibles, mais grâce à elle, nous aurons la chance de contempler un disque
spécialement “grand”. - Récemment, les Américains Lloyd et James Kaufman, père et fils, réussirent à lancer
un argument probablement décisif dans la discussion autour de la question, pourquoi le diamètre d’un corps
nous paraît plus important lorsqu’il est plus proche de l’horizon que du
zénith : ils expliquèrent que la position près de l’horizon nous transmettrait l’illusion d’en être plus éloignée que d’un point à la même distance, au-dessus de nos têtes. Et la taille d’un objet au bout d’une distance apparente plus longue est automatiquement jugée plus grande que celle d’un corps du même diamètre, mais situé plus proche.
Ce sera à 2 heures 03 TU - donc à 3 heures 03 heure légale française - que notre satellite touchera le
noeud, ce point sur l’
écliptique où l’
orbite lunaire coupe celle de la Terre. Mais avant d’arriver dans la zone qui
commencera sérieusement à l’assombrir, la Lune devra poursuivre sa route pendant presque une heure. A 4
heures 02, toujours heure légale française, son bout gauche plongera dans le cône d’ombre de la Terre. Le golfe
de la Rosée et, un peu plus tard, l’océan des Tempêtes se noieront dans l’obscurité. Le chemin à parcourir sera
relativement long. A la hauteur de la Lune, le diamètre de l’ombre terrestre correspond encore à environ 10.000
kilomètres. Pour y disparaître entièrement, notre satellite - lui-même d’un diamètre de 3476 kilomètres - aura
besoin de 63 minutes. Il y restera pendant 78 minutes. La totalité sera donc atteinte à 5 heures 05, et les
amateurs de la Lune rouge auront jusqu’à 6 heures 22 pour la contempler et prendre en photo, jusqu’à l’heure
alors, où se terminera la totalité. Mais partiellement, elle restera dans l’ombre jusqu’à 7 heures 26 et ne quittera
la pénombre qu’à 8 heures 24. Et il sera temps. Car à cette heure-là, les premiers rayons solaires auront déjà
commencé à “perturber” le spectacle...
Pour ceux qui, au cours des 5 heures et 21 minutes de la séance nocturne, auront envie de regarder ailleurs,
le ciel prépare d’autres scènes : Jupiter, d’une
magnitude de -2,5, dominera la constellation des Poissons à l’ouest de la Lune, et l’amas ouvert M 44 du Cancer apparaîtra dans des jumelles, à seulement 6° Est du disque assombri. Comme dans toutes ces nuits d’hiver, Orion et Bételgeuse ne seront pas loin et nous prouveront que, pendant que nous observerons la Lune, nous n’aurions qu’à tourner le dos à la scène pour envisager le Sagittaire, la
région qui cache le centre de la
Galaxie.
Encore, la météo annonce du beau temps. Mais si le phénomène du 21 était gâché par des nuages - ou le besoin
de dormir -, les Européens auraient de quoi se consoler : la prochaine éclipse lunaire aura lieu dans moins d’un
an, le 9 janvier 2001 et débutera - déjà peu après le coucher du Soleil.
18/01/2000
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