Si nous ne le savions pas encore, nous en serions maintenant au courant : le maximum solaire approche de plus en plus rapidement. Vers le milieu de cette année, l’activité de notre étoile du jour aura atteint le sommet de son
cycle.
L’éruption que Soho, l’observatoire solaire lancée en 1995, observa jeudi dernier avait réussi à prendre les experts au dépourvu. Issue d’une zone identifiée par le numéro 8872, une région située au milieu du disque solaire, elle se forma dans un groupe de taches solaires apparemment calmes. Mais aussi sur le Soleil, un air tranquille peut être trompeur.
On se rendit vite compte, que les émissions de la zone 8872 faisaient partie de celles dont la route mène forcément vers la Terre. Vues de notre planète, elles donnent d’abord l’impression de rester tranquillement auprès de notre étoile et de l’envelopper dans un nuage de poussière qui l’entoure tel qu’un halo. Mais en réalité, elles peuvent voyager à une vitesse de jusqu’à 2000 kilomètres par seconde et amener quelque dix billions de tonnes de plasma. Ces masses de gaz ionisé sont capables de déclencher des tempêtes géomagnétiques d’une force énorme. A peine quelques minutes après le moment de l’éruption, les premières radiations atteignent déjà la Terre et commencent par déranger le fonctionnement des satellites de communication. Parfois, leur charge s’enfonce dans les océans et le sol terrestre, jusqu’à s’attaquer à l’équipement électrique...
Toutefois, il y a aussi des éruptions plus “douces”, où les matériaux éjectés par la couronne solaire se déplacent plus lentement et n’arrivent chez nous que quelques jours plus tard. Dans le cas de l’éruption de jeudi, les premiers nuages de plasma ne touchèrent l’atmosphère terrestre qu’après trois jours. Le gaz, bien qu’il parvînt d’une éruption encore relativement “lente”, se déplaça toujours à une vitesse énorme et, chemin faisant, il se heurta contre des restes d’émissions solaires précédentes, une masse d’ancien plasma déjà plus ou moins calmée. Le résultat : la création d’un véritable “mur” de choc avec un champ magnétique énorme, transformant la densité du vent solaire en dix protons par centimètre cube au lieu de trois, qui, de pleine force, se mit en route vers la Terre.
Une heure après sa formation, l’onde de choc avait atteint la magnétosphère terrestre. L’impact entre le champ magnétique, en plein mouvement, et le “bouclier” qui, en temps normaux, protège la Terre contre le vent solaire, peut être si fort que la magnétosphère est temporairement “hors d’usage” et de véritables “fissures” se créent. Le plasma, toujours en agitation, se faufile à l’intérieur de l’atmosphère. - Le pire est à craindre.
Ce dimanche, pourtant, après quatre heures de suspense, le champ magnétique perdit tout simplement son attitude de menace. Les scientifiques purent respirer : les équipements électriques restèrent indemnes - et les amateurs d’aurores déçus. Encore, l’apparition d’une de ces aurores qui si souvent accompagnent les éruptions n’est pas exclue. Mais d’heure en heure, elles deviennent moins probables. Toutefois, les amateurs de ces phénomènes magnifiques - et ceux des perturbations magnétiques - n’ont pour autant encore aucune raison d’être tristes : déjà, l’observatoire rapporte la découverte d’un champ magnétique coronal susceptible d’éjecter des particules de vent solaire d’une vitesse encore plus élevée que celle de ce jeudi - et cela, dès la semaine prochaine...
23/02/2000
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