Quelle fin magnifique d’une mission : il n’y a certainement pas de meilleur cadeau qu’un observatoire spatial puisse offrir aux chercheurs que la découverte d’une nouvelle classe d’objets astronomiques - et cela à peine trois mois avant la fin définitive de son “mandat”.
Après neuf ans de transmission de nouvelles, le monde scientifique était déjà habitué à ce que les trouvailles du satellite américain de l’astronomie gamma révolutionnent les théories en vogue. Au cours de sa mission qui, initialement, était programmée pour une durée de deux à cinq ans, Compton avait sur son compte quelque 400 sources de rayonnement gamma et l’enregistrement de plus de 2500 sursauts gamma dont, avant son époque, on n’avait réussi à observer qu’environ 300. Mais après la défaillance d’un de ses gyroscopes en décembre dernier, la NASA se voit maintenant obligée à le rappeler sur Terre. Le risque, expliquent les experts, qu’une défaillance dans le fonctionnement d’un des autres deux gyroscopes qui, actuellement, garantissent encore la stabilité de la sonde dans son orbite puisse mettre en danger des vies humaines est trop grand. Il vaudrait donc mieux de la faire atterrir par une manoeuvre contrôlée, tant qu’il ne sera pas trop tard.
Bien que, face aux dangers réels, l’équipe responsable de la sonde ait pris la seule décision possible, les astronomes regrettent la fin de la mission. Car Compton vient justement de faire une sorte de découverte qui, après les progrès des dernières années, devrait devenir de plus en plus rare : une classe d’objets jusqu’alors inconnus. C’est que les sources de rayonnement gamma avaient commencé à faire partie du “bestiaire céleste” plus ou moins familier - les trous noirs, les pulsars ou les étoiles très massives. Pourtant, tous ces corps ont en commun qu’ils n’émettent pas tranquillement, mais que leurs rayons s’échappent en forme de sursauts parfois extrêmement violents.
Les nouveaux objets, par contre, envoient aux alentours un rayonnement gamma continuel, libre de sauts ou de perturbations. Sur les 271 sources de ces émissions étranges rapportées par Compton, une centaine pourrait peut-être encore être attribuée à des corps connus. La présence des autres, par contre, ne fut jamais remarquée, bien qu’il semble qu’elles soient situées - dans notre propre galaxie. La moitié se cache dans le plan de la Voie lactée, de cette bande large de gaz et de poussière qui masque le centre de la Galaxie. Mais les 85 qui restent se tiennent dans des zones bien ouvertes, émettant des rayonnements gamma 100 millions de fois plus brillants que leur lumière visible.
Compton, de toute manière, n’est pas équipé pour éclaircir la question de la nature de ces objets bizarres. S’il s’agit d’une sorte de trous noirs plutôt “exotiques”, de pulsars ou même d’étoiles de dix ou vingt fois plus massives que notre Soleil ne sera élucidé avant l’ère du nouveau télescope spatial, GLAST, dont le lancement est prévu pour 2005.
Plus immédiat, par contre, est la retraite de l’ancien télescope. Les délégués de la NASA font déjà tout pour assurer que le 3 juin, le jour de l’événement, quelque 40.000 kilomètres carrés de l’Océan Pacifique seront vidés de toute présence humaine. C’est que les experts craignent que les débris de la sonde, une fois passés à travers de l’atmosphère terrestre, puissent se répartir sur un terrain d’environ 1500 kilomètres de long et 26 kilomètres de large. Les ingénieurs réfléchissent aussi sur une méthode peut-être moins dangereuse : avec une quantité suffisante de carburant, le satellite pourrait gagner une orbite plus élevée, loin de l’influence de la gravitation terrestre. Mais, justement, les réservoirs de la sonde sont pratiquement vides. Ainsi, il ne reste que compter sur les deux gyroscopes encore intacts pour diriger l’engin - qui, au contraire des sondes plus récentes, est trop grand pour brûler lors de son entrée dans l’atmosphère - vers sa tombe humide. Toutefois, pour plus de sécurité, les experts se mirent à développer un système qui leur permettra de gouverner le monstre même si, à la dernière minute, les gyroscopes avaient encore le mauvais goût de rendre leur âme.
27/03/2000
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