Non seulement que c’est la première fois que la NASA ait réussi à obtenir l’écho radar d’un
astéroïde de la
ceinture principale. Non seulement qu’elle y tomba sur un objet d’une composition relativement rare. Cléopâtre se présente aussi sous une forme plus qu’originelle.
Lorsque l’astéroïde numéro 216 apparut sur les écrans des ordinateurs de l’observatoire d’Arecibo à Puerto Rico, on aurait pu croire à une blague - ou une image issue d’un dessin animé : Cléopâtre a la forme de ces os de caoutchouc que l’on fabrique comme jouet pour chiens. Et on dirait un os de taille. Car avec ses 217 kilomètres de long et 94 kilomètres de large, Cléopâtre est loin de faire partie des astéroïdes les plus petits.
Bien que l’objet ait déjà été découvert en 1880, il était impossible jusqu’à lors de connaître sa forme. Ce ne fut que grâce à la technique de la radarastronomie et du radiotélescope d’Arecibo, le plus grand du monde, que sa surface put être “tâtée”. Les signaux radar, voyageant à la vitesse de la lumière, furent reçus sur la Terre 19 minutes après avoir sondé l’astéroïde situé à ce moment à 171 millions de kilomètres de notre planète. Que l’image qui, de cette manière, se révéla sur les écrans des ordinateurs analysant les signaux présente une silhouette si bizarre est évidemment un hasard. Que, par contre, il s’agit d’un objet de composition rare l’est déjà moins. Car ce fut probablement le fait que Cléopâtre appartient à ce petit groupe d’astéroïdes - dont on ne connaît que quelques douzaines dans notre système solaire - consistant presque exclusivement en métaux qui permit aux chercheurs de réussir l’expérience. Seul un objet métallique est capable de refléter les signaux radar sur une distance si importante.
Quant à l’origine de Cléopâtre, les astronomes ne peuvent que bâtir des théories. On pense que de tels objets seraient passés par des stades comparables à ceux de la Terre : échauffement, liquéfaction partielle et, finalement, différenciation. Mais au contraire de notre planète, ils se seraient ensuite refroidis jusqu’à devenir solides. Puis, des collisions avec d’autres astéroïdes auraient détruit leurs manteaux et exposé les coeurs métalliques. Il serait même probable que des fragments de tels astéroïdes auraient pénétré l’atmosphère terrestre et creusé des cratères comme celui d’Arizona. Et une de ces collisions - particulièrement violente - aurait transformé Cléopâtre en “os”...
Déjà, pourtant, les astronomes ne sont pas tous d’accord. Quelques-uns ont plutôt tendance à voir en Cléopâtre deux “boules” à l’origine séparées, l’une en orbite autour de l’autre, mais finalement liées par des débris issus de collisions, que la force d’attraction aurait “collé” entre les deux objets. La consistance poreuse de la surface pourrait bien soutenir cette hypothèse.
Toutefois, comme soulignent les membres de l’équipe d’Arecibo, pour le moment, l’objet reste encore un mystère. Et finalement, les astronomes ne sont certains que d’une seule chose : que son histoire de collisions ne fut pas celle d’un corps très ordinaire...
06/05/2000
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