Qu’une naine brune représente le chaînon qui lie la
planète à l’étoile, cela n’a plus rien de nouveau. Qu’il y a des naines brunes «jeunes» et «âgées» dans le bestiaire céleste, non plus. Depuis peu, toutefois, les astronomes connaissent une troisième «race» : celles qui sont moins jeunes, mais ne comptent pas encore parmi les «vieilles».
La discussion sur la limite inférieure d’une planète n’est toujours pas prête à s’achever. La différence, par contre, entre une planète et une étoile semble établie depuis longtemps - plus exactement depuis 1995, l’année de la découverte de la petite Gliese 229B dans la constellation du Lièvre. Avec elle, le monde de la science reçut enfin la confirmation d’une idée suivie par la plupart des chercheurs, mais qui, jusqu’à lors, ne fut jamais prouvée : la théorie qu’il y avait une espèce de «trou» dans la chaîne des corps célestes. On était certain qu’entre les étoiles et les planètes, il devait se trouver un autre objet.
Gliese 229B fit bien l’affaire. Avec sa lumière un million de fois plus pâle que celle de notre Soleil, elle était beaucoup plus sombre que l’étoile moyenne, mais plus brillante qu’une planète géante du genre Jupiter. Sa masse était trop faible pour que la fusion nucléaire s’allume pour de bon, mais suffisante - au contraire de celle des planètes - pour consommer doucement son hydrogène : suffisante pour «vivre», mais trop peu pour faire concurrence aux «vraies» étoiles...
De telles étoiles «ratées» peuvent vivoter pendant des milliards d’années. Comme leur consommation est modeste, la quantité de leur masse est assez élevée pour les faire briller à une température de jusqu’à 3500°K. Mais afin de connaître l’âge d’une naine, les astronomes n’ont même pas besoin de prendre sa température. C’est qu’avec le refroidissement, la composition chimique de son atmosphère change elle aussi : les larges quantités de monoxyde de carbone qui caractérisent le spectre de la naine encore jeune disparaissent pour faire place à des quantités finalement aussi importantes de méthane.
Jusqu’à ce point, la différence entre une jeune naine et sa collègue âgée semble tout à fait logique. Et l’expérience la confirma. Depuis qu’en 1999 trois télescopes spécialisés - à Nouveau-Mexique, Arizona et Chili - furent mis au travail, un grand nombre de «copines» de la petite Gliese 229B purent être découvertes et regardées de près. Ces travaux, toutefois, ne servirent pas seulement à vérifier la théorie des âges. On put aussi se rendre compte que les étoiles «ratées» se ressemblent d’une manière frappante... chacune dispose d’une quantité plus ou moins comparable de monoxyde de carbone ou de méthane.
Cela, justement, tracassa les experts. Si le spectre des jeunes est dominé par le monoxyde de carbone et celui des vieilles par le méthane - que se produit-il entre ces deux stades ? Les naines brunes passent-elles directement de la jeunesse à la vieillesse ? N’y a-t-il donc pas de groupe d’âge intermédiaire ?
Les dernières mesures en infrarouge de quelques naines brunes récemment trouvées paraissent enfin apporter une réponse. Car trois des candidates examinées ne ressemblent pas à leurs prédécesseurs. Leur spectre ne montre ni la quantité habituelle de méthane, ni de monoxyde de carbone - mais un peu des deux. Le «soupçon» des astronomes fut donc enfin confirmé : entre les naines brunes jeunes et leurs congénères âgées se situe effectivement une troisième classe - les naines brunes «adultes».
11/05/2000
La réproduction et la traduction du texte - ou d'une partie du texte - sont interdites par la loi
Pour obtenir régulièrement des e-mails vous informant des
dernières actualités de l'astronomie,
inscrivez-vous ici !